La puff bientôt interdite en France

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Puff couleur bleue

Cela fait quelques temps que la e-cigarette jetable ou puff fait débat dans l’univers du sevrage tabagique. Désastre écologique et pour la jeunesse pour les uns ou opportunité de découverte de la vape pour les autres, la puff est controversée. C’est le 3 septembre dernier que la Première Ministre, Elisabeth Borne, a déclaré au micro de RTL que la puff sera très bientôt interdite en France.

Au commencement

C’est durant l’automne 2021 que l’on a vu arriver ces dispositifs jetables appelés bientôt Puff. Ce nom générique vient en fait d’une marque américaine : Puff Bar.

Le principe est très simple : proposer une vape simplissime, sans bouton, sans recharge d’aucune sorte et jetable. Un tube (en plastique la plupart du temps) contient un accu Lithium-Ion pour apporter l’énergie. Pas de port de charge ni de chipset. Un capteur de dépression pour lancer la chauffe. Pas de réservoir mais une mousse contenant juste la quantité de liquide nécessaire à la vie de la puff. Un fil résistif et un peu de coton font le job de vaporisation. C’est tout et c’est donc jetable. C’est le basique de chez basique de la vape.

Il faut bien le reconnaître, la puff est un problème environnemental. Nous sommes face à un appareil contenant un accu Lithium-Ion qui sera chargé une fois et puis jeté au lieu d’être recyclé. Sans compter tout le reste. Et on parle de centaines de millions d’exemplaires jetés chaque année. Pour vous faire une idée de ce qu’est une puff, je vous propose de visionner une autopsie matérielle dans une vidéo de l’excellente chaîne Youtube Deus Ex Silicium.

La réaction

Au bout de quelques mois, des voix ont commencé à se faire entendre à propos de la puff. D’une part, c’est une absurdité écologique et, d’autre part, les plus jeunes semblent être particulièrement attirés par la puff. Ca fait deux fautes.

Pour ce dernier point, force est de constater que le marketing agressif des fabricants était bel et bien dirigé vers les jeunes. Preuve en est avec des emballages ultra-flashy, des arômes sucrés/fruités/frais et surtout, des campagnes de pubs via les réseaux sociaux comme Instagram ou Tik-Tok. On a également pu constater la vente de puffs dans de grandes enseignes généralistes. La vape est interdite de vente, sous toutes ses formes, aux mineurs ; rappelons juste ce fait. De même, selon la TPD, la publicité et la propagande pour le vapotage sont aussi interdits.

Du coup, les politiques se sont émus et emparés du problème en novembre 2022. Dix mois plus tard, Elisabeth Borne annonce donc une prochaine interdiction de vente des puffs. Beaucoup de professionnels de la vape se sont également insurgés contre le phénomène puff. En effet, le secteur de la vape a toujours milité pour un circuit de vente responsable et bien encadré, avec des conseillers formés et experts. Force est de constater que l’arrivée de la puff fut anarchique et nous en voyons aujourd’hui les conséquences. Début 2022, les boutiques ont vu débarquer des hordes de gamins réclamant de la puff. C’est dire l’influence néfaste de certains réseaux sur le cerveau des jeunes. C’est même très inquiétant, au-delà du phénomène puff.

Le recyclage

Certaines marques proposent un circuit de recyclage de leurs dispositifs puff. Mais c’est loin d’être une majorité. Une puff, c’est avant tout un accu Lithium-Ion qui est recyclable mais qui est jeté au bout d’une seule et unique charge. Il faut aussi avoir en tête la quantité énorme de plastiques également jetés, la plupart du temps en poubelle standard.

On pourra objecter que beaucoup de dispositifs de vape possède un accus intégré et non-remplaçable. Certes, c’est vrai. Mais les vapes de ce type sont au moins rechargeables. Un accu Lithium-Ion peut être rechargé entre 300 et 350 fois. Soit environ un an de fonctionnement avant mise au rebut. De plus, n’étant pas « jetables » à la base, les consommateurs sont plus enclins à déposer leurs batteries hors d’usage dans des bacs de recyclage dédiés. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est déjà un peu mieux. Cela dit, avec les lois proposées par l’Union Européenne sur la réparabilité et le recyclage, ces batteries à accus intégrés pourraient fort bien disparaître à l’horizon 2027.

Donc, pour le moment, la puff reste un désastre écologique, on est bien obligé de l’admettre.

L’effet passerelle

Ah … Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas évoqué ce sujet (non, c’est pas vrai). François Braun, alors ministre de la santé, se déclarait favorable, le 3 mai 2023, à l’interdiction de vente des puffs qui : « amènent une partie jeune de notre population vers le tabagisme ».

L’effet passerelle, vape vers tabac fumé, demeure un épiphénomène. Et cela est confirmé avec plusieurs pays dans le monde. Pourtant, cet argument nous est ressorti systématiquement, relayant en cela les errements de l’OMS et de tous les organismes officiels particulièrement « suivistes ». Et la puff ne mène pas plus que la vape traditionnelle vers le tabac vu que c’est aussi … de la vape. Commencer à vapoter n’est pas souhaitable, loin s’en faut, mais quitte à braver les interdits, je préfère que le gamin (ou la gamine) teste d’abord la vape sachant qu’il y a très peu de chances qu’il passe au tabac fumé par la suite.

Si on peut déplorer le marketing ciblé des puffs vers les jeunes, il y a tout de même quelque chose à faire sans jeter directement le bébé avec l’eau du bain : faire respecter la loi. C’est que nos voisins d’outre-manche ont bien compris. Encore une fois, la vape est déjà interdite de vente aux mineurs. Encore une fois, la puff, c’est de la vape, donc ….. Que s’est-il passé ?

Un pied à l’étrier

Il reste tout de même un point à évoquer. Malgré ce constat noir sur la puff, on peut aussi imaginer qu’un tel dispositif, ultra-simple d’usage, peut être une porte d’entrée vers … le sevrage tabagique. Si l’on met de côté le problème vape/jeunes, la puff pourrait avoir une utilité. Dans un premier temps, cela pourrait mettre le pied à l’étrier à des gens peu enclins à investir dans une vape digne de ce nom à la base. Particulièrement pour les personnes en précarité. Une fois le sevrage entamé et les économies faites sur l’achat de cigarettes, le fumeur pourrait se diriger vers une vape plus durable. Tout cela, évidemment, en organisant un véritable circuit de recyclage comme certaines marques françaises l’ont déjà fait.

Conclusion

Il semble donc inéluctable que les jours de la puff soient comptés. Pas forcément pour les bonnes raisons, mais c’est … en marche™. Le prochain PNLT* devrait donc inclure cette interdiction. La France n’est d’ailleurs pas la seule à envisager l’interdiction de vente. Il s’agit d’un projet plus large à l’échelle européenne. L’échéance est prévue pour décembre, ce qui laisse peu de temps au débat. La proposition de loi est pilotée par Francesca Pasquini, députée EELV à l’Assemblée Nationale et est soutenue de manière transpartisane. C’est d’ailleurs Mme Pasquini qui a lancé l’alerte en novembre dernier au Palais Bourbon.

Au final, ce dispositif va disparaître sans que nous ayons pu faire le tour du sujet sérieusement. On peut pressentir derrière tout cela un certain affolement général en réaction plutôt qu’en réflexion. Force est de constater que c’est un peu comme cela que nous sommes gouvernés depuis un bon moment. La stratégie de long terme n’a pas le vent en poupe, mais c’est une autre histoire. Pour ou contre, je vous laisse juger selon les arguments évoqués ci-dessus.

*Plan National de Lutte contre le Tabagisme

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