Comment vapote-t-on sa cigarette électronique ?

Et encore un ! Les docteurs Farsalinos et Romagna sont inarrêtables. Un nouvel article publié cette semaine dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health étudie cette fois le profil de vapotage des utilisateurs. De plus, à partir de comparaisons simples des doses de nicotine délivrées, ils déterminent une valeur théorique nécessaire aux fumeurs pour passer à la cigarette électronique sans baisser leur dose de nicotine. Tâchons de comprendre plus en détail cette étude importante.

Un protocole pour la cigarette électronique

Pour étudier les cigarettes, leurs fumées ainsi que la production de nicotine et de goudron, il existe depuis de nombreuses années des tests standardisés, les fameuses machines à fumer. Ils ont été mis en place pour s’assurer que les conditions d’expérience sont « proches du réel » et que les résultats d’une étude à une autre seront comparables.

Pour le tabac et les cigarettes, il s’agit du test ISO 3308 : on simule un fumeur en réalisant des aspirations de 35 ml en 2 secondes entrecoupées de pauses de 60 secondes. Avant d’aller plus loin, il est important de préciser que ces tests ont été initialement mis au point par les cigarettiers eux-mêmes et qu’ils sont très contestés par les chercheurs. Le professeur Dautzenberg a par exemple expliqué il y a quelques jours au Figaro que les doses réelles de nicotine absorbées par un fumeur étaient probablement 2 à 6 fois plus élevées que ce que déterminait le résultat du test. De plus, ces tests, déjà contestés pour la cigarette, le sont encore plus pour les cigarettes électroniques. Le principe étant différent, les vapoteurs vont l’utiliser d’une manière différente de la cigarette. Ce sont ces caractéristiques d’utilisation, appelées topographie dans le métier, que les chercheurs ont voulu étudier.

cigarette électronique protocola expérience Farsalinos
Gauche : Photo du clearomiseur fourni aux participants. Droite : Schéma du protocole mis au point pour calculer la dose de nicotine délivrée.

Topographie des vapoteurs

Pour cela, les chercheurs ont recruté 80 personnes. 45 étaient des utilisateurs de cigarettes électroniques avertis, 35 étaient des fumeurs quotidiens. Les expériences réalisées étaient très simples. On a demandé aux différents cobayes d’utiliser leur producteur de nicotine à volonté pendant 20 minutes. Durant toute l’expérience, les utilisateurs étaient filmés par une caméra vidéo classique. De cette façon, 3 groupes d’enregistrement ont été réalisés.

  • Le groupe ECIG est constitué des vidéos des utilisateurs de cigarettes électroniques utilisant leur vapote.
  • Le groupe SM-S comprend les vidéos des fumeurs fumant leur cigarette.
  • Enfin, le groupe SM-E contient les vidéos des fumeurs (non vapoteurs habituellement) auxquels on a donné une cigarette électronique.

Dans tous les cas, et c’est un fait assez nouveau pour être noté, les chercheurs ont fourni pour toutes les expériences une cigarette électronique « moderne », c’est-à-dire une batterie de type eGo-T et un clearomiseur moderne. Deux durées d’utilisation ont été particulièrement étudiées : 5 minutes – le temps de consommation d’une cigarette – et 20 minutes – le temps d’utilisation d’un inhalateur de nicotine.

Données topographique des vapoteurs
Mesures ECIG SM-S SM-E
Durée d’une boufée (s) 4.2 ± 0.7 2.1 ± 0.4 2.4 ± 0.5
Durée de l’inhalation (s) 1.3 ± 0.4 2.2 ± 0.4 2.0 ± 0.4
Durée de l’expiration (s) 1.7 ± 0.5 1.8 ± 0.4 1.7 ± 0.3

Pour les fumeurs, les durées des bouffées étaient de 2,1 secondes, avec un temps d’inhalation de 2,1 secondes également. Pour les utilisateurs de cigarettes électroniques (groupe ECIG), la durée des bouffées passe à 4,2 secondes, avec un temps d’inhalation de seulement 1,3 secondes. Les temps d’expiration étaient identiques dans les deux groupes. Les fumeurs avec une cigarette électronique gardaient des temps de bouffée et d’inhalation comparables à ceux des fumeurs de cigarette. Pour finir, si le nombre moyen de taffes par cigarette était de 15, les utilisateurs de cigarettes électroniques (groupe ECIG) prenaient en moyenne 13 bouffées en 5 minutes et 43 bouffées en 20 minutes. On voit ainsi clairement qu’une cigarette électronique est très différentes chez les utilisateurs avertis de cigarettes électroniques et qu’il est impératif de prendre en compte ces différents lors de la création des protocole ISO pour les cigarettes électroniques.

Quelles concentrations de nicotine ?

Pour évaluer la dose de nicotine délivrée, les chercheurs ont pesé les clearomiseurs au début, à 5 minutes et à 20 minutes d’utilisation. Ils en ont déduit que les utilisateurs du groupe ECIG consommaient en moyenne 62 mg d’e-liquide en 5 minutes et 219 mg en 20 minutes. Ils font alors deux déductions.

Premièrement, en considérant la concentration en nicotine de 9 mg/ml utilisée pour les expériences, les vapoteurs du groupe ECIG ont reçu des doses de 0.46 mg de nicotine en 5 minutes et 1,63 mg en 20 minutes.

Deuxièmement, on peut faire le parallèle avec les moyens d’absorption classique de la nicotine : la cigarette et les traitements de substitutions. Une cigarette délivre en effet 1mg de nicotine en 5 min, un inhalateur de nicotine de type nicorette délivre 4mg de nicotine en 20 minutes. Pour obtenir des doses de nicotines équivalentes avec les cigarettes électroniques des expériences, il aurait fallu utiliser des e-liquides de concentration 20,8 mg/ml et 23,4 mg/ml respectivement ! De plus, considérant que les tests ISO sous-estiment de beaucoup la dose de nicotine délivrée par les cigarettes, on peut penser que des liquides aux concentrations bien supérieures à 24 mg/ml seraient nécessaires pour reproduire une nicotinémie identique chez des utilisateurs de cigarettes électroniques.

Ainsi, bien que portant sur un petit nombre de sujets, cette étude n’en reste pas moins de première importance car c’est la seule qui a établi une topographie de l’utilisation de la cigarette électronique. Elle montre principalement que les modes de consommation entre la cigarette et la cigarette électronique ne sont pas du tout les mêmes et qu’il faut donc prendre ne compte ces nouvelles données lors de l’établissement des procédures ISO pour la cigarette électronique. Enfin, et c’est dans ce sens que va la conclusion des auteurs, ce travail permet de montrer que la limitation à 4 mg/ml prônée par la Commission Européenne empêchera de facto toute nouvelle conversion de fumeurs au vapotage.

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