L’étude du professeur Farsalinos, tant annoncée et tant attendue, est enfin parue cette semaine dans le journal « Inhalation Toxicology ». Les chercheurs ont ici confronté des cellules vivantes à un milieu de culture dans lequel a été dissoute de la vapeur de cigarette électronique ou de la fumée de cigarette. Le résultat est très net : même dans la situation la moins favorable, les cellules ont un taux de survie au moins 8 fois supérieur avec de la vapeur de cigarette électronique plutôt qu’avec de la fumée de cigarette. Tentons de mieux comprendre ces résultats.

Un modèle d’expérience avec la cigarette électronique

Pour étudier l’effet de la vapeur de cigarette électronique sur un organisme vivant et pouvoir le comparer à la fumée de cigarette, les chercheurs ont utilisé, en l’adaptant un peu, un protocole de mesure de la toxicité de fumée de cigarette traditionnelle, portant le doux nom de test UNI ISO-10993-5. Dans cette situation, il s’agit d’aspirer une quantité donnée de fumée/vapeur et de la faire « buller » dans une fiole contenant du milieu de culture pour des cellules. On entend par « buller » le fait de plonger un tuyau dans le liquide de culture et de faire ainsi passer le gaz dans le liquide sous forme de bulles. Côté cigarette, les chercheurs ont utilisé une marque contenant 1mg de nicotine, 10mg de goudrons et 10mg de monoxyde de carbone. Côté e-liquide, les chercheurs ont employé un mélange de l’entreprise FlavourArt, contenant 46.17% de propylène glycol, 44.92% de glycérine, 8,11% d’eau et 0.8% de nicotine (soit environ 9 mg/ml).

Une fois le milieu de culture principale prêt, plusieurs dilutions sont préparées et utilisées pour cultiver des fibroblastes de souris, c’est-à-dire des cellules de muscles : les BALB/3T3 extraites d’embryons de souris albinos suisses (Miam !). Le but est de reproduire des conditions expérimentales très précises à chaque expérience afin de pouvoir comparer des résultats, même à plusieurs années d’intervalle.

On mesure ensuite le taux de survie des cellules à 24h, pour chaque dilution. Pour cela, les cellules sont tout d’abord cultivées 24h dans du milieu normal pour qu’elles forment un tapis homogène au fond de leur récipient de culture. On change ensuite leur milieu de culture par du milieu « contaminé » par les fumées/vapeurs. 24h après, on mesure le taux de survie de ce tapis de cellules par une méthode optique. Si moins de 70% des cellules ont survécu, on considère le milieu de culture utilisé comme cytotoxique.

Viabilité des cellules

vapeur cigarette électronique viabilité cellules

Taux de survie (viabilité) de cellules fibroblastes BALB/MT3 en fonction de la dilution du milieu de culture soumis à de la vapeur de cigarette électronique ou de la cigarette traditionnelle. La ligne en pointillé indique le seuil de toxicité de 70% de survie.

La figure montre les différentes courbes de viabilité des cellules en fonction de la dilution du milieu de culture utilisé pour chaque e-liquide testé ainsi que pour de la fumée de cigarette (CS). La ligne en pointillés indique le seuil de 70% en dessous duquel on considère que le milieu de culture est toxique pour les cellules. Les courbes sont presque toutes situées au dessus de cette valeur, montrant que les milieux de culture préparés à partir des aérosols de cigarettes électroniques ne sont pas toxiques. Seul exception : le milieu au goût café, pour lequel le taux de survie est de 51%. Cette valeur n’est pas expliquée par les chercheurs, mais ils supposent que d’autres espèces chimiques, probablement extraites avec les arômes de café, ont pu causer cette mortalité cellulaire plus importante. Quoi qu’il en soit, tous les taux de survie des cellules soumises aux vapeurs de cigarette électronique sont au moins 8 fois supérieurs à ceux mesurés pour de la fumée de cigarette. On voit ainsi que, selon le test UNI ISO 10993-05, les aérosols de cigarette électronique sont beaucoup moins toxiques que la fumée de cigarette. Bonne nouvelle !

Limitations du test

Les résultats présentés ici sont très rassurants pour les vapoteurs. Toutefois, les auteurs tiennent à prendre des précautions importantes avec leur étude. Tout d’abord, l’expérimentation sur des cultures de cellules a été développée pour limiter les expérimentations animales et ne permettent pas d’étendre les résultats à des situations in vivo. Ensuite, ils ont adapté le mieux possible le protocole d’extraction de la fumée de cigarettes à l’extraction d’aérosols de cigarettes électroniques. Cependant, ce protocole n’a pas encore été validé par des autorités compétentes. Une certaine prudence reste donc de mise. Enfin, il faut noter que ces résultats ne s’appliquent pas forcément à tous les liquides vendus dans le commerce. En effet, certaines marques pourraient utiliser de la nicotine de moins bonne qualité, ou encore utiliser des extraits de tabac plutôt que de la nicotine purifiée. Dans ces cas-là, il est fort possible que des espèces cancérigènes produites par la plante elle-même se retrouvent dans le e-liquide, ce qui aurait pour effet de diminuer la viabilité des cellules dans ces conditions. Il y a donc encore du travail à faire pour obtenir l’assurance de l’inoffensivité des cigarettes électroniques. Mais gageons que les futurs résultats, comme ceux présentés ici, seront tous encourageants pour les utilisateurs.

 

Edit : insertion de la composition des cigarettes et des e-liquides utilisés. Merci kassiotis pour la remarque.

    • Jules says:

      Bonjour kasisotis,

      Très bonne remarque. J’ai effectivement oublié de le mettre dans l’article. J’ai inséré les informations manquantes, et même d’autres.

      Pour répondre à votre question sur les e-liquides, les chercheurs ont utilisé un liquide de concentration assez moyenne, à 9 mg/ml.

      N’hésitez pas si vous avez d’autres questions. C’est toujours un plaisir d’interagir avec des lecteurs.

      Bien vapoteusement,
      Jules

  1. thomas says:

    je pense que pour mieux souligné les dangers de certain arôme il aurai fallut une courbe « témoin »
    un courbe sans arôme juste avec de la nicotine. grâce a une courbe témoin on peut facilement comparé avec d’autre courbe dite « teste »
    en espérant pouvoir aidé pour des prochaine courbes 😉

    • Nicolas says:

      Bonjour Thomas,

      oui, sauf qu’ici on compare les vapeurs de e liquide avec des fumées de cigarette. Le groupe témoin en arôme neutre n’amènerait pas grand chose car la mortalité des fibroblastes en présence de e liquide n’est pas significative. S’il y avait eut une disparition de fibroblastes il eut été intéressant de mettre une courbe témoin sans arôme.

    • Nicolas says:

      Le taux de survie est employé pour des organismes biologiques étant soumis à un évènement critique donné entrainant une certaine mortalité. La viabilité est surtout utilisée en médecine néonatales pour des foetus « non nés ».

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