Grande enquête de l’ETHRA : le rapport est sorti

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Entre le 12 octobre et le 31 décembre, l’European Tobacco Harm Reduction Advocates a mené une enquête auprès de consommateurs/utilisateurs de nicotine dans toute l’Europe. Nous avions écrit un papier à ce sujet ici. Le rapport de cette enquête ETHRA est sorti le 12 juin dernier.

Cette enquête a obtenu 37000 réponses, ce qui en fait l’une des plus grandes enquêtes sur le sujet. L’analyse fut restreinte ensuite aux ressortissants européens soumis à la TPD*, soit 35000 participants y compris le Royaume-Uni (encore soumis à la TPD au moment de l’enquête).

L’enquête s’est plus spécifiquement centrée sur deux moyens de sevrage : la vape et le SNUS. Nous allons jeter le focus sur les résultats concernant la vape.

Part des répondants à l'enquête ETHRA
Répartition des participants à l’enquête

*Tobacco Product Directive

Statut de la vape en UE

Sur les 35000 participants, 94% utilisent la vape. Plus significatif, 78,7% sont ex-fumeurs et sur ce nombre, 97,2% citent le vapotage comme moyen d’arrêt du tabac.

Si on resserre la cible, il ressort que 83,5% des vapoteurs ayant déjà été fumeurs ont arrêté le tabac combustible. Et parmi tous ces vapoteurs, plus des 3/4 ont fumé 10 ans ou plus.

Statut des vapoteurs dans l'UE
Statut du tabagisme chez les vapoteurs en UE

La vape dans la réduction du risque

Parmi les 35000 participants à l’enquête, 32000 étaient vapoteurs. Preuve que la vapotage est l’une des méthodes les plus plébiscitée dans l’arrêt du tabac. En même temps, l’autre moyen étudié dans l’enquête, le SNUS, est interdit dans toute l’UE sauf en Suède. Petite digression : la Suède est le pays européens comportant le moins de fumeurs (- de 5% de prévalence). Voilà, je pose ça là….

Sur ces 32000 vapoteurs avec un passé de fumeurs, 83,5% ont totalement arrêté de fumer. Selon l’OMS, la vape n’est pas un outil efficace dans la lutte contre le tabagisme. Ah bon ? Sur quoi se base l’organisation onusienne pour affirmer cela ?

Ah. Et puis, on peut noter aussi que 1,3% des vapoteurs n’ont jamais fumé. Ce qui montre que la motivation principale du vapoteur est bel et bien l’arrêt du tabac.

Statut des vapoteurs par rapport au tabac fumé
L’immense majorité des vapoteurs sont des fumeurs ou ex-fumeurs

L’ETHRA reconnait que 32000 personnes ne représentent pas forcément toute la population européenne. Mais en statistiques, il y a des seuils d’échantillons significatifs et 32000 en est un suffisant pour en déduire une forte tendance concluant qu’une part importante de fumeurs est passé à la vape.

Les motivations

Parmi les vapoteurs, on a demandé quelles sont les motivations qui les ont conduit à « switcher » vers la vape.

  • 97% déclarent que la réduction du risque et l’amélioration de la santé représentaient un facteur important dans l’adoption de la vape.
  • 82,6% déclarent que la possibilité d’ajuster sa vape selon ses besoins et goûts est importante.
  • 78% déclarent que la diversité des arômes ont joué un rôle important
  • Pour 64,9%, les raisons financières sont importantes ou très importantes

Les résultats sont édifiants. Et le plus drôle, c’est que l’effet de mode n’a joué que pour 3,4% des personnes interrogées. Encore un mythe qui s’effondre.

Les conséquences de la TPD-V2

L’ETHRA pointe du doigt deux principales limites à l’actuelle directive européenne en matière de sevrage tabagique.

La limitation de nicotine à 20mg/ml

Dans le monde de la vape dans l’UE, vous ne trouverez aucun e-liquide dépassant la concentration de 20mg/ml de nicotine. Au-delà, c’est le monde de la pharma. Sans doute un joli tour de passe-passe de l’industrie pharma lors des négociations de la TPD-V2. L’ironie dans cette histoire, c’est qu’aucun labo pharma ne propose de dispositif de vape avec des e-liquides de plus de 20mg/ml …. D’ailleurs, ils ne proposent rien du tout en matière de vape. Contrairement à l’industrie du tabac.

L’enquête ETHRA révèle que 24,1% des vapoteurs consommeraient moins de e-liquides si la limite à 20mg/ml était relevée.

Si la limite de 20mg/ml en nicotine était relevée, il y aurait moins de fumeurs
Conséquences d’un changement de taux de nicotine max

Comme nous le savons, il subsiste encore bon nombre de consommateurs hybrides vape/cigarettes. On appelle cela les vapofumeurs. Parmi ces personnes, 30,3% déclarent qu’ils pourraient arrêter totalement de fumer si la limite était relevée.

La limitation à 10ml des e-liquides nicotinés

La corrélation entre taux de nicotine disponible et consommation de e-liquide est manifeste. Basée sur une enquête menée en 2013, l’ETHRA montre que la consommation a grimpé en flèche avec l’abaissement des taux de nicotine choisis par les vapoteurs.

L'écart de consommation en e-liquide est très clair depuis 2013
Écart de consommation entre 2013 et 2020

A cela, il apparait assez clairement que les vapoteurs, pour des raisons de coûts, préfèrent des flacon de 50 ou 100ml. Or, depuis la TPD-V2, tout ce qui dépasse 10ml ne doit pas contenir de nicotine. Alors, les fabricants de liquides proposent leurs recettes en format 50ml, surboostés en arôme afin de permettre l’ajout de boosters de nicotine. Mais ce procédé à une limite. En l’occurrence, il a fallu choisir un boost des arômes qui puisse convenir à peu près à tout le monde. Les recettes arrivent donc à l’équilibre avec 6mg/ml de nicotine. Au-delà, la dilution est trop forte et le e-liquide devient très fade. Du coup, le vapoteur se restreint de fait à 6mg/ml. Si celui-ci a besoin de 12 ou 16mg, il est sous-dosé et va donc consommer beaucoup plus de e-liquide. Tout cela est parfaitement expliqué par le phénomène d’autotitration.

La consommation de e-liquide est nettement corrélée au taux de nicotine
Différence de consommation selon le taux de nicotine

87% des vapoteurs ont déclaré qu’ils préfèreraient acheter de plus grands contenant (nicotinés bien sûr) pour des raisons de coût et 90% pour des raisons de limitation des déchets plastiques.

Et la suite ?

La suite, on commence à l’entrevoir. Les gesticulations de la Commission Européenne font craindre le pire pour l’avenir des vapoteurs. La TPD-V3 est en route et nous promet des lendemains qui déchantent. La commission à demandé un rapport au SCHEER afin d’évaluer l’état de l’art sur le vapotage ; rapport qui ne dit rien de nouveau quant à l’appréciation de la vape à la Commission, et surtout, bien calqué sur ce que dit l’OMS. Les principaux points inquiétants sur lesquels la TPD-V3 se focalise sont :

  • Taxes d’accise sur les e-liquides nicotinés (ou non)
  • Suppression des arômes sauf tabac et menthes

Selon les résultats de l’enquête ETHRA, on voit que ces deux points auraient des conséquences particulièrement néfastes sur la politique européenne dans la lutte contre le tabagisme.

Taxes

Le moindre prix de la vape par rapport au tabac fumé est un point crucial. La Commission Européenne, n’ayant toujours pas compris cet avantage (et tous les autres) vis à vis de la vape, est en train de se tirer une balle dans le pied et entraîne toute l’Europe dans une politique délétère. 29% des vapoteurs européens déclarent qu’ils rejetteraient même une faible augmentation tandis que 48% pourraient réagir face à une augmentation de 15% (1€ par flacon). 60,7% des vapoteurs ont déclaré qu’ils chercheraient une source parallèle pour s’approvisionner sans taxes supplémentaires. C’est d’ailleurs ce qui arrive déjà dans les pays où les restrictions et taxes supplémentaires sont apparues. Ah, et si vous pensez que cette sur-taxe aurait comme cible les produits nicotinés (parce que la nicotine, c’est mal, c’est une drogue, vade retro satanas, etc.), détrompez-vous. Les taxes s’appliqueraient aussi aux e-liquides non-nicotinés. C’est donc la vape dans son ensemble que l’on cible.

Arômes

La suppression des arômes est tout autant une aberration. Le prétexte est que les arômes fruités et gourmands attireraient les jeunes vers la vape. Toutes les enquêtes menées à ce jour ont démontré que le vapotage quotidien des jeunes non-fumeurs reste marginal1 2. La diversité des arômes est un atout majeur de la réussite du sevrage pour le fumeur.

Conséquences

Selon les résultats de son enquête, l’ETHRA montre que les dispositions légales de l’UE sont une entrave à l’arrêt dans toute l’UE. Rappelons au passage que la TPD est une directive qui doit s’appliquer à minima dans le droit national de chaque état membre. Ce qui veut dire qu’on peut l’appliquer tel quel, comme en France, mais que l’on peut aussi en renforcer les termes. Certains états ont déjà appliqué des sur-taxes comme en Finlande ou au Portugal, des restrictions d’accès comme en Belgique, une interdictions des arômes comme en Estonie (avec le fiasco que l’on connait), voir même une interdiction pure et dure comme en Hongrie.

Pour le moment, la France et l’Italie, par exemple, ne ressentent pas encore trop l’effet de ces restrictions. Mais cela dépend, comme expliqué plus haut, de l’application de la TPD dans chaque pays de l’UE. Avec l’arrivée de la TPD-V3, le découragement des fumeurs à passer à la vape pourrait se généraliser. Les plus impactés seraient, comme d’habitude, les personnes à faibles revenus et/ou vulnérables ; sans oublier les vapofumeurs qui finiront par abandonner la vape et retourner au tabac fumé exclusif.

L’autre effet kiss cool de ces restrictions, sera probablement l’émergence des marchés gris et noirs, avec les risques que cela comporte.

Conclusion

En conséquence, l’ETHRA recommande de ne pas imposer de taxes d’accises sur les e-liquides ni de suppression des arômes dans la prochaine directive. Elle demande également une révision de la TPD-V2 concernant la limite des 10ml en e-liquides nicotinés et la limite des 20mg/ml pour le taux de nicotine. On pourrait, par exemple, autoriser les fioles de 50 ou 100ml nicotinées avec un taux maximal de 36mg/ml, comme on pouvait le voir avant la TPD. Et avancer un éventuel problème sanitaire est un faux sujet. Combien de produits très toxiques, disponibles en supermarchés, avons-nous à la maison ? Rappelons qu’un e-liquide dosé à 20mg/ml représente 2% de nicotine. Pour s’empoisonner mortellement avec de la nicotine, il faut être très très motivé. Les mêmes précautions s’imposent qu’avec des berlingots de chlore, des bouteilles d’acétone ou d’acide chlorhydrique (tous en vente libre avec parfois des contenants de 5L).

Est-ce que cette enquête aura un écho auprès des commissaires européens ? Personnellement, je ne parierai pas ma chemise tant ils sont hermétiques aux souhaits des peuples. Pourtant, c’est cette même Commission qui a mis en œuvre une grande enquête au niveau de toute l’UE sur le sujet de la vape. Manifestement, d’après ce qu’il ressort du rapport SCHEER, pas grand-chose n’en a été retenu.

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