E-Cigarette et risques d’infarctus : une étude frauduleuse ?

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Au mois de juin dernier, le JAHA* publiait les résultat d’une étude concernant les risques cardiovasculaires dus à la e-cigarette. Cette étude conclue que la e-cigarette augmente les risques d’infarctus du myocarde.

*Journal of the American Heart Association

« L’usage de la cigarette électronique, occasionellement ou quotidiennement, est associé à un risque accru d’infarctus du myocarde, ajusté pour tenir compte de la consommation de cigarettes combustibles. L’effet des cigarettes électroniques est similaire à celui d’une cigarette classique et l’utilisation simultanée de cigarettes électroniques et de cigarettes classiques est plus risqué que l’utilisation de l’un ou l’autre de ces produits. »

De qui vient cette étude ?

Elle a été menée conjointement par Stanton Glantz et Dharma N. Bhatta pour le compte du JAHA. Stanton Glantz, on le connait. Cela fait des années qu’il est parti en croisade contre la e-cigarette et ne manque aucune occasion de démolir cette alternative au tabac fumé. Sur ce coup là, il s’est associé Dharma N. Bhatta, un docteur en épidémiologie à l’Université Prince of Songkla, en Thaïlande. Bhatta est épidémiologiste et expert / chercheur en santé publique et compte plus de dix ans d’expérience dans la recherche universitaire et en santé publique dans les pays en développement. Un gars sérieux quoi.

Et donc ?

Patatras ! L’étude a été épluchée par les Prs Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l’Université de Louisville. Ils ont entrepris de passer au crible les résultats de cette étude. Pas de chance. Selon Brad Rodu, la plupart des utilisateurs de cigarettes électroniques qui ont signalé une crise cardiaque les avaient eu avant de commencer à vapoter, ce qui rend logiquement impossible la déduction causale de Glantz. Dans une lettre aux rédacteurs de la revue datée du 11 juillet, Rodu note que Glantz et son co-auteur, Dharma Bhatta :

« n’ont pas fourni d’informations détaillées dans cette enquête sur (a) la première fois que les participants ont appris qu’ils avaient eu une crise cardiaque et ( b) quand les participants ont commencé à utiliser des cigarettes électroniques. »

« les vapoteurs étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir eu une crise cardiaque et pas deux fois plus susceptibles. »

Lorsque Rodu et Nantaporn Plurphanswat, respectivement professeur en médecine et économiste en recherche à l’Université de Louisville, ont examiné cette information, ils ont constaté que la plupart des 38 vapoteurs ayant été victimes d’une crise cardiaque « ont appris pour la première fois qu’ils avaient eu une crise cardiaque de nombreuses années avant de commencer à utiliser des cigarettes électroniques. »

Dans ce groupe, « les crises cardiaques ont précédé la première utilisation de la cigarette électronique de près d’une décennie en moyenne. » Lorsque Rodu et Plurphanswat ont procédé à la numérotation sans les sujets qui avaient commencé à vapoter après une crise cardiaque, ils ont découvert que « les vapoteurs étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir eu une crise cardiaque et pas deux fois plus susceptibles. »

Analyse contradictoire

Les deux scientifiques ont donc repris l’ensemble de l’analyse de Bhatta-Glantz. Lorsque les vapoteurs actuels qui avaient eu une crise cardiaque avant d’utiliser des cigarettes électroniques étaient correctement classés comme non exposés, les OR (Odd Ratio pour risque relatif rapproché) pour les vapoteurs quotidiens et journaliers étaient respectivement de 0,69 (IC = 0,22 – 2,12) et 0,18 (IC = 0,05 – 0,66). En bref, les vapoteurs étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir eu une crise cardiaque plutôt que deux fois plus.

Dans leur lettre, envoyée au JAHA, Rodu et Plurphanswat écrivent :

« Bhatta et Glantz ont affirmé à tort que leur étude confirmait que l’usage de la cigarette électronique est un facteur de risque indépendant d’infarctus du myocarde. […] Les principales conclusions de l’étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides. Leur analyse constitue une violation indéfendable de toute norme raisonnable en matière de recherche sur l’association ou le lien de causalité. Nous vous exhortons à prendre les mesures appropriées concernant cet article, y compris la rétractation.« 

Une réponse ?

Dans leur étude, Bhatta et Glantz ont reconnu : « nous ne pouvons pas déduire de la temporalité à partir de la conclusion transversale selon laquelle l’utilisation de la cigarette électronique est associée à un IM* »

« Il est possible que les premiers IM se soient produits avant l’utilisation de la cigarette électronique. »

*IM : Infarctus du Myocarde

Une véritable fraude

Pour le coup, la conclusion semble claire. Afin d’étayer son idéologie, Glantz & Bhatta ont interprété leur propre étude pour conclure de façon frauduleuse que la e-cigarette était un facteur distinct de risque d’infarctus du myocarde.

Mais au lieu d’utiliser les informations fournies par l’enquête pour résoudre le problème, ils ont procédé à une analyse secondaire limitée aux sujets ayant eu leur première crise cardiaque en 2007 ou plus tard. Ils ont choisi cette année parce que c’était à ce moment-là que « les cigarettes électroniques ont commencé à gagner en popularité sur le marché américain ».

Interrogé par Jayne O’Donnell de USA Today, Glantz a affirmé que lui et Bhatta auraient trouvé une association statistiquement significative si seulement l’échantillon de personnes avait été plus grand.

La guerre de Glantz

Depuis de nombreuses années, Stanton Glantz est parti en guerre contre l’industrie du tabac. Et comme un certain nombre de scientifiques, il assimile systématiquement la vape au tabac et à l’industrie qui va avec.

De la part d’un scientifique, c’est une attitude bien peu pragmatique. Il est d’autant plus regrettable que le scientifique en question manipule les chiffres de ses propres études afin de confirmer ce qu’il s’efforce de démontrer à corps et à cri.

Glantz VS Rodu

Manifestement, il y a un problème entre les deux hommes. Rodu a travaillé, par le passé avec Glantz et ce dernier l’aurait « viré » à cause des accointances de Rodu avec l’industrie du tabac qui finance ses recherches.

Il y a peut-être une guéguerre d’égo entre ces deux là, mais Glantz n’en est pas à son coup d’essai. Dans le cas de cette étude, il a visiblement omis de s’attaquer au problème d’un effet qui précède sa prétendue cause.

Concernant les allégations de Glantz, il se trouve que Rodu est impliqué depuis longtemps dans la réduction des méfaits du tabac fumé ; bien avant qu’ils reçoivent des émoluments de la part de l’industrie du tabac. En fait, il a fini par accepter ces financements car les agences gouvernementales US ont toujours refusé de participer a ses recherches dans le domaine de la réduction des risques avec des solutions sans fumée.

Dans une interview accordée à Jayne O’Donnell, Ray Niaura, professeur de santé publique à l’Université de New York, a déclaré qu’il ne pensait pas qu’un lien entre vapotage et crises cardiaques avait été établi et a témoigné en faveur de Rodu, le qualifiant de « scientifique téméraire ».

Conclusion

Quelles que soient les allégations des uns envers les autres, falsifier une étude pour en sortir une conclusion fausse est impardonnable. Dans leur lettre du 11 juillet à JAHA, Rodu et Plurphanswat écrivaient : « Leur analyse constitue une violation indéfendable de toute norme raisonnable en matière de recherche sur l’association ou le lien de causalité. A ce titre, Rodu & Plurphanswat ont demandé la rétractation de l’étude incriminée ».

2 Commentaires

    • A notre connaissance, pas de procès en cours. Comme expliqué dans l’article, juste une demande expresse de Rodu pour une rétractation de cette étude, voire des sanctions administratives.

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