Controverse sur le sucralose et arômes dans les e liquides : les Aldéhydes.

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E liquide hyper sucrés malaisiens

Résultat de recherche d'images pour "Environmental Science and Technology"Cela fait déjà quelques temps que l’on se pose la question des émissions d’aldéhydes dans la vapeur des e-liquides. Selon une étude, publiée dans la revue Environmental Science and Technology parue il y a plus d’un an, les aldéhydes, réputés cancérigènes, sont dérivés de la dégradation thermique des composés aromatisants plutôt que des principaux ingrédients liquides (propylène glycol et glycérol). L’étude a révélé des niveaux non détectables d’aldéhydes dans des liquides non aromatisés, mais jusqu’à 10 000 fois plus élevés dans des échantillons aromatisés.

Qu’est ce qu’un aldéhyde ?

Un aldéhyde est un composé carbonylé issu d’un alcool qui a perdu un hydrogène. Un Alcool Déhydrogéné devient un Al-Déhyd’.

Couple rédox alcool-aldhyde.GIF
Alcool (C-OH) transformé en Aldéhyde (C=O)

Les aldéhydes sont des produits de synthèse très puissants qui apportent un fabuleux pouvoir de diffusion aux compositions. En Parfumerie, on évoque surtout les aldéhydes aliphatiques. Leur utilisation marquée est à l’origine des parfums de type dit « Aldéhydé ».  Des aldéhydes sont utilisés pour la fabrication de solvants, colorants parfum et médicaments. Par exemple : l’aldéhyde C 17 a une odeur de cerise.

L’aldéhyde, un produit naturel mais probablement cancérigène.

Résultat de recherche d'images pour "pomme orange cerise"La nature elle-même est un pourvoyeur d’aldéhydes. Par exemple, la teneur en acétaldéhyde des pommes est de 1 mg / kg, celle du jus d’orange de 4mg / kg. La concentration la plus élevée a été déterminée dans un yaourt aromatisé à la cerise, 1,7 mg par yaourt. Une estimation de l’exposition à ces aliments a entraîné un apport quotidien d’acétaldéhyde inférieur à 0,1 mg / kg de masse corporel provenant des aliments, ce qui est considérablement inférieur à l’exposition à la consommation d’alcool ou au tabagisme. En effet, une seule cigarette peut générer jusqu’à 2 mg d’acétaldéhyde.

Rappelons la citation célèbre du médecin Paracelse

Description de cette image, également commentée ci-après

Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas poison

 

L’étude du Dr Khlystov et la contre étude du Dr Farsalinos

  

Dans cette étude, le Dr Khlystov a mesuré plusieurs aldéhydes toxiques produits par trois marques populaires de cigarettes électroniques avec des e-liquides aromatisés et non aromatisés. Le Dr Khlystov montre que, parmi les marques d’e-cigarette testées, la décomposition thermique des composés aromatisants domine la formation d’aldéhydes pendant la vaporisation, produisant des niveaux qui dépassent les normes de sécurité au travail. La production d’aldéhydes dépend, de façon exponentielle, de la concentration des composés aromatisants. Ces résultats soulignent la nécessité d’une étude approfondie  de l’effet des composés aromatisants sur la toxicité des cigarettes électroniques.

Le Dr Farsalinos, cardiologue et chercheur au Onassis Cardiac Surgery en Grèce, avait laissé, à l’époque, un commentaire aux auteurs de cette étude afin d’y apporter quelques remarques. Farsalinos s’était étonné des résultats de cette étude puisque contredisant les recherches antérieures sur le sujet. D’autant que le protocole de l’étude de Khlystov ne faisait pas état d’utilisation impropre du dispositif, comme ont pu l’être d’autres études plus anciennes. Ces anciennes études avaient fait ressortir une mauvaise utilisation du dispositif en faisant surchauffer le fibres de coton ou de silice, conduisant à ce que l’on a coutume d’appeler : le dry hit ou bouffée sèche. Cette utilisation n’est en aucun cas possible en condition normale et le vapoteur ne peut donc pas être soumis, en d’aussi grandes quantités, aux fameuses émissions d’aldéhydes. Pour autant, la méthode et le protocole semblaient tout à fait corrects selon Farsalinos.

Le Dr Farsalinos a donc naturellement demandé, par mail, quelques renseignements à l’auteur de l’étude afin de pouvoir reproduire cette expérience ; ce qui est absolument normal et naturel dans le monde de la recherche. L’une des question portait sur la marque des liquides utilisés puisque non mentionnés dans l’étude. Aucune réponse n’a été apportée à Farsalinos à ce jour.

L’auteur principal de l’étude, le Dr Khlystov, à cependant bien voulu répondre au commentaire laissé par Farsalinos en des termes quelques peu provocateurs :

« Le Dr. Farsalinos a révélé que :

  1.  Il n’est pas à jour avec la littérature actuelle 
  2.  N’a pas lu notre document avec soin »

Bref, tout ça n’est pas bien grave, mais un peu étonnant entre collègues chercheurs.

La contre étude

Comme prévu, Farsalinos a souhaité se lancer dans la reproduction de cette étude, en demandant par deux fois, la marque des liquides testés (les autres paramètres étaient bel et bien mentionnés dans l’étude). Les auteurs n’ont jamais répondu à cette demande. Tout ce que Farsalinos a obtenu, c’est la marque de certaines cigalike testées. Information inutile étant donné qu’il était impossible de tester des liquides non aromatisés dans ces cartomiseurs pré-remplis et ainsi, comparer les résultats avec des liquides aromatisés. De plus, les cartomiseurs pré-remplis sont connus pour présenter des performances incohérentes lors des tests, rendant de fait la comparaison difficile. Autant dire que Farsalinos était outré de ces comportement réellement non professionnels.

dragons cafe

Par chance, l’équipe de Farsalinos a tout de même pu reproduire l’étude suite à une coïncidence. L’un des saveurs mentionnées s’appelait : Dragon’s Cafe. Après une petite recherche, il s’avérait qu’il n’y avait qu’un seul fabricant (américain) qui possédait un liquide de ce nom dans son catalogue. Par déduction, les autres liquides furent trouvés puisque faisant partie du catalogue dudit fabricant. Trois liquides, présentant les plus forts niveaux d’aldéhydes dans l’étude de Khlystov, furent choisis : Dragon’s Cafe, Pastèque et Myrtille.

Les liquides étaient disponibles en versions standard et édulcorées. Considérant que les édulcorants (sucralose) peuvent être transformés en aldéhydes lorsqu’ils sont exposés à la chaleur, l’équipe de Farsalinos choisit de tester les deux versions. L’étude a été reproduite en utilisant les mêmes dispositifs et réglages de puissance que l’étude originale, tandis que des arômes similaires, provenant d’un fabricant différent et d’un dispositif d’e-cigarette de nouvelle génération, furent également sélectionnés à titre de comparaison.

Pour commencer, l’équipe de Farsalinos a bien relevé qu’aucune bouffée sèche n’a été provoquée lors des tests. Ceci était important pour la validité des tests.

Au final, les résultats furent révélateurs d’une très petite contribution des arômes sur les émissions d’aldéhydes. En fait, les niveaux d’aldéhydes étaient si bas que la consommation de 5 grammes (soit 5ml) de liquide par jour exposerait les vapoteurs à moins de formaldéhyde et d’acétaldéhyde que de simplement respirer de l’air à la maison. Dans le cas de l’acroléine, l’exposition était nettement inférieure aux limites de sécurité recommandées par le NIOSH.

Les chiffres

Pour vous donner une idée des différences de résultats, les auteurs de l’étude originale ont trouvé jusqu’à 7 mg / g de formaldéhyde, alors que l’équipe de Farsalinos a trouvé un maximum de 0.06 mg / g, soit près de 100 fois moins. En pratique, quelqu’un qui vapote 4 ml par jour de e-liquide inhale 0.24 mg d’acétaldehydes selon l’étude du Dr farsalinos vs. 28 mg selon l’étude du Dr Khlystov. Pour rappel, un fumeur d’un paquet de cigarette par jour inhale jusqu’à 40 mg d’acetaldéhyde.

Conclusion

lobby Big pharma

C’est la troisième étude dont l’équipe de Farsalinos n’a pas pu reproduire les résultats. Étonnant non ? Il est à noter que la revue Environmental Science and Technology a été impliquée dans deux de ces précédentes études.

Dans une autre récente étude sur les émissions d’aldéhydes dans des cigarettes électroniques, Farsalinos avait souligné la nécessité de reproduire les anciennes études faisant état de niveaux anormalement élevés d’émissions d’aldéhyde. Il a par exemple souligné que 28 des 32 études publiées jusqu’ici présentaient des conditions de dry-hit au cours de l’expérience. Encore une fois, le dry-hit est une condition anormale d’utilisation et n’est pas révélateur des émissions lors d’une utilisation normale par un vapoteur. Il semble, dans ce cas, que nous soyons face à un problème de méthode, éventuellement lié à des résultats faussement positifs.

Cela dit, les résultats si particuliers de l’étude de Khlystov méritent une attention particulière. Par exemple, le sucralose qui est un édulcorant de synthèse, censé être stable à haute température, se dégrade à partir de 225°C. Considérant que certains e-liquides malaisiens sont fortement dosés en Glycérol et sucralose et que la température de vaporisation optimale du glycérol est de 290°C, nous conseillons de rester prudent sur leur utilisation à long terme.

4 Commentaires

  1. Est-ce que l’acétaldéhyde ne serait pas un imao ?
    Si oui, quel est la balance bénéfice-risque ?

    En comparaison, combien de mg d’aldéhydes va-t-on absorber si on fait brûler une bougie parfumée ?

    • Non, Nicolas, l’acetaldéhyde n’est pas un IMAO. C’est un produit de la dégradation de l’alcool dans le foie qui peut donner « la gueule de bois ». Les IMAO sont des carbohydrates qui inhibent la monoamine oxydase et qui augmentent l’avidité de la nicotine à son récepteur nicotinique par augmentation des taux de Dopamine.
      Par rapport à la cigarette traditionnelle, le B/R est indéniablement positif même en présence d’acetaldéhyde, formaldéhyde, acroléine à ces niveaux de concentration. Par rapport à … rien, le B/R est négatif, d’où la controverse.
      Pour la bougie parfumée, je ne vois pas trop le rapport mais nous n’en savons rien…

    • Oui, Momoseb, les scientifiques ont un peu de mal à bien rédiger. Nous en sommes conscients, tous en essayant de vulgariser au maximum pour faciliter la compréhension, nous essayons de faire au plus court. Sur quels points nécessitez-vous des éclaircissements?

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